Etape 6 - Dons, fruits et charismes#
En résuméDons, fruits, charismes… Derrière ces mots parfois mystérieux se cache une même réalité : l’Esprit Saint vient à notre secours pour nous transformer intérieurement et nous mettre au service des autres.
Aujourd’hui, mettons un peu d’ordre dans un vocabulaire que nous entendons régulièrement, sans toujours le comprendre. On parle des dons de l’Esprit Saint, il y en a sept, on parle des fruits de l’Esprit (ça se complique, il y en a douze) et aussi on parle de charismes. Ne vous inquiétez pas, il n’y aura pas de longues listes à apprendre par cœur ! Mais surtout, il y a à prendre conscience que nous sommes des enfants gâtés, choyés. Oui, l’Esprit a de nombreux cadeaux pour nous !
Les dons de l’Esprit#
En tant que chrétiens, nous ne sommes pas des gens parfaits… et si nous cherchons à donner cette image, la vérité nous rattrape très vite. En réalité, nous avons à faire des efforts pour devenir des femmes et des hommes de bien. En langage théologique, on dira que nous grandissons peu à peu dans les vertus1.
On peut faire de longues listes de ces vertus : la générosité, la gratitude, l’humilité, la patience, etc. L’Eglise en a retenu sept. Quatre vertus cardinales qui sont comme un « résumé » de toutes les vertus humaines : la prudence, la justice, la force et la tempérance. Trois vertus théologales (la foi, l’espérance et la charité) qui sont données par Dieu et qui nous permettent d’agir comme lui.
Quel rapport avec les dons de l’Esprit ? J’y arrive. Donc, nous avons bien notre part dans ce travail d’acquisition des vertus, et c’est une bonne chose, car notre caractère se forge, nous donnons le meilleur de nous-mêmes. Heureusement, comme toujours Dieu ne nous laisse pas seul dans l’affaire. Il vient à notre aide dans l’acquisition des vertus ! Comment ? Par les dons de l’Esprit.
Deux grands maîtres spirituels du 20ème siècle, le cardinal Journet et le père Marie-Eugène utilisent une belle image, pour nous faire comprendre cela. Imaginez que vous êtes dans une barque : « le premier moyen d’avancer ce sera de ramer, cela vous demandera un effort »2. Par exemple l’une des vertus dans laquelle j’ai à grandir personnellement, c’est la persévérance. Prier fidèlement le matin, persévérer dans un travail ou un projet, sans procrastiner, même persévérer dans un parcours à l’Esprit Saint, ce n’est pas si évident ! Et franchement parfois je rame !
Mais plutôt que de ramer, nous pourrions aussi hisser les voiles et demander au vent de nous faciliter la tâche. Ces voiles qui nous sont données, ce sont les dons de l’Esprit, « des voiles hissées pour recueillir le souffle de l’Esprit »3.
Grâce aux dons, nous sommes capables de capter la direction que l’Esprit veut nous donner, dans toutes les situations de notre vie4. Le Père Marie-Eugène utilise aussi l’image d’antennes qui nous permettent de recevoir les ondes de l’Esprit Saint5.
Ces dons, il y a en a sept6 : la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu. Ils viennent perfectionner nos vertus. Donc, quand je rame pour acquérir la persévérance, le don de force m’est donné comme un soutien de Dieu lui-même. Il me donne le coup de pouce qui me pousse hors du lit, alors que je n’ai pas envie de me lever pour prier. Il me perfectionne peu à peu.
Je ne détaille pas chaque don. Chacun est un aspect du plus grand tous les dons, à savoir l’Esprit Saint. « Les dons de l’Esprit contiennent en définitive le Don qu’est l’Esprit lui-même »7. « Il est le Don essentiel, (...) le don par excellence »8.
Les fruits de l’Esprit Saint#
Les dons se déploient en nous et vont porter du fruit. Si je continue avec mon exemple de la vertu de persévérance, perfectionnée par le don de force. Aller jusqu’au bout de mes projets, par exemple ce parcours, être fidèle dans la prière, cela va porter du fruit dans ma vie. C’est bon pour moi-même et pour les autres.
Lorsque nous avons parlé de discernement, nous avons dit qu’on peut reconnaître l’action de l’Esprit Saint à ses fruits. Jésus dit lui-même dans l’évangile : « tout arbre bon donne de beaux fruits, tout arbre qui pourrit donne des fruits mauvais. »9 Alors nous devons nous interroger. Quels fruits est-ce que je porte aujourd’hui ? Saint Paul nous propose des exemples : « débauche, haine, jalousie, beuverie, impureté, colère » d’un côté, « amour, paix, joie, bonté, douceur, patience » de l’autre côté10. Oui, il y a un combat en nous et ces fruits que nous voyons pousser dans notre vie, nous permettent de reconnaître de quel côté nous penchons.
Encore mieux, les fruits de l’Esprit que nous portons déjà sur terre, sont un avant-goût des fruits du royaume de Jésus11, dont nous vivrons au ciel. Ce sont les fruits d’une collaboration entre l’effort de l’homme et l’action de l’Esprit Saint12.
Les charismes#
Les charismes sont des dons spéciaux que l’Esprit Saint donne en toute liberté : « ils sont l’œuvre exclusive de l’Esprit, qu’il donne à qui il veut et quand il veut »13. Leur particularité c’est d’être des dons pour les autres, pour le bien commun, pas d’abord pour celui qui les reçoit14. Ils visent à bénir, consoler, faire grandir, orienter.
Les textes du concile Vatican II, qui ont un statut très important pour un croyant catholique, ont remis en avant ces charismes, qui avaient été un peu oubliés pendant des siècles. L’un de ces textes15 dit trois choses intéressantes sur les charismes :
- d’abord qu’ils sont pour le bien commun ;
- qu’ils doivent être reçus dans la joie (comme un cadeau !) ;
- et qu’ils sont donnés à des fidèles de tous ordres (pas seulement les clercs !)
« À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations. »16
Je voudrais que vous preniez conscience que ces charismes, ces grâces spéciales existent encore aujourd’hui : des guérisons, des prophéties, des paroles de connaissance, apparaissent dans notre Eglise, dans nos paroisses. Particulièrement dans les temps difficiles, aux plus sombres époques17.
Peut-être ne savez-vous pas ce qu’est une parole de connaissance. Quand on prie avec un frère, il arrive que Dieu donne une parole inspirée, que nous ne pouvons pas connaître par nous-même et qui est destinée à ouvrir le cœur de la personne pour laquelle on prie. Vous pourrez en découvrir un exemple dans le documentaire Fearless. Vers la fin de la vidéo, deux garçons prient pour une jeune fille (qu’ils ne connaissent pas). On sent d’abord que cette jeune fille n’est pas très réceptive. Puis l’un des garçons a une parole de connaissance : « Tu fais partie d’une équipe de volley et il y a eu de gros problèmes entre vous, des tensions. Dieu veut restaurer vos relations, t’aider à pardonner. Il t’aime. »18. Il ne pouvait pas savoir tout cela par lui-même ; la jeune fille est bouleversée, son cœur s’ouvre. Quand on vit cela, on grandit dans la foi, je l’ai expérimenté !
Les charismes font partie de notre héritage. Les oublier, c’est oublier que Jésus les a pratiqués lui-même (il adresse une parole de connaissance à la Samaritaine : « des maris, tu en as eu cinq ! ») et qu’il les inclue dans notre boîte à outils : lorsque qu’il envoie ses disciples, il leur dire « annoncez », mais aussi « délivrez, guérissez, libérez »19. Aujourd’hui notre témoignage de foi ne peut plus se limiter à un « raisonnement logique » mais doit s’appuyer sur la puissance de l’Esprit Saint. Paul le savait pertinemment : « Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. » !20
Entrée en prière#
- Sainte Thérèse recommande de commencer parfois son temps de prière en « examinant sa conscience »21, c’est-à-dire en faisant un petit bilan de soi. Se connaître soi-même nous aide à avancer vers Dieu.
- On peut le faire en réfléchissant aux péchés commis. Mais on peut le faire aussi en se demandant quelles vertus doivent encore grandir :
- Justice et générosité (est-ce que je suis attentif au bien commun ?)
- Humilité (est-ce que je cherche à attirer l’attention ?)
- Piété et gratitude (est-ce que je prie ? Est-ce que je dis merci à Dieu ?)
- Bonté et bienveillance (comment vont mes relations avec les autres ?)
- Sobriété et simplicité (comment est-ce que je consomme ?)
- Persévérance, patience, pureté, douceur, honnêteté, douceur, etc.
- Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
- Père, je te bénis pour tous les dons que tu me fais par l’Esprit Saint. Mais, tu es plus important pour moi que tous ce que tu donnes, c’est toi que je cherche.
- Jésus, tu m’as choisi pour que je porte du fruit, que ce soit la paix, la joie, la bienveillance.
- Fais grandir en moi les vertus. Je peux citer celles que je veux voir grandir.
Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1803 à 1829. ↩︎
Cardinal Journet, L’Esprit Saint. ↩︎
Père Marie Eugène de l’Enfant Jésus, Je veux voir Dieu, p.319. ↩︎
Charles-André Bernard, Traité de théologie spirituelle, p.447. ↩︎
Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, Au souffle de l’Esprit, p.122-123. ↩︎
Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1831.* * ↩︎
Marc Ouellet, « L’Esprit Saint dans la vie trinitaire », Revue Communio. Il cite Joseph Ratzinger. ↩︎
Marc Ouellet, « L’Esprit Saint dans la vie trinitaire », Revue Communio. Il cite Hans Urs von Balthasar. ↩︎
Evangile de Matthieu, chapitre 7, verset 17. ↩︎
Lettre aux Galates, chapitre 5, versets 19 à 23. ↩︎
Lettre aux Romains, chapitre 14, verset 17. ↩︎
Raniero Cantalamessa, Viens Esprit Créateur, p.253-254. ↩︎
Raniero Cantalamessa, Viens Esprit Créateur, p.253. ↩︎
Service International du Renouveau Charismatique Catholique (aujourd’hui appelé CHARIS). L’effusion de l’Esprit Saint. ↩︎
C’est la constitution Lumen Gentium, n°12. ↩︎
Première letter aux Corinthiens, chapitre 12, versets 7 à 10. ↩︎
Cardinal Journet, L’Eglise du Verbe incarné. ↩︎
J’exprime cela de façon résumée. ↩︎
Evangile de Marc, chapitre 16, versets 17-18. ↩︎
Première lettre aux Corinthiens, chapitre 2, verset 4-5. ↩︎
Chemin de la perfection, chapitre 26. ↩︎