L’Assomption de Marie: quelle espérance pour nous?#
En résuméNous croyons que la Vierge Marie, à la fin de sa vie, est montée au Ciel, « corps et âme »: c’est l’Assomption. Regarder et suivre Marie sur son chemin, nous permet aussi d’entrevoir notre propre mort et notre vie au Ciel!
On m’a régulièrement posé la question: « mais, que fête l’Eglise le 15 août? ». Tout le monde sait que c’est l’une des plus grandes – sinon la plus grande – fête mariale de l’année. Mais la « montée » au ciel de la Vierge Marie, c’est déjà plus flou. Et ce que cela signifie pour nous, ce que cela dit de notre foi, ce n’est plus clair du tout. Alors, voici quelques éléments, avec des mots simples, pour nous aider à comprendre et à vivre pleinement la belle fête de l’Assomption de la Vierge Marie.
Notre mort1#
Avant de parler de Marie, en qui Dieu a fait quelque chose de spécial et d’unique, quelque chose qu’il n’a fait en aucune autre de ses créatures, réfléchissons un instant à ce qui se passera à notre propre mort. Car oui, l’Assomption de Marie, nous conduit à envisager notre propre mort… ou plutôt notre espérance, car ce sera le moment où nous verrons enfin Jésus face à face.
Aujourd’hui, en tant que personne humaine, nous sommes un « corps animé », un corps visible, matériel, mortel uni à une âme invisible, spirituelle, immortelle. Notre corps nous l’avons reçu par l’intermédiaire de nos parents. L’âme nous a été directement donnée par Dieu, elle est créée par Dieu2. Cette unité inséparable, corps et âme, fait de nous des vivants, capables d’entrer en relation avec Dieu.
L’Assomption nous rappelle une chose importante: en tant que chrétien nous croyons que nous sommes sauvés par Jésus « tout entiers », corps et âme. En aucun cas nous ne croyons:
- que seule notre âme sera sauvée après avoir été « libérée » du corps dans lequel elle était emprisonnée.
- que notre âme va se « réincarner », c’est-à-dire entrer dans un autre corps.
Alors que se passe-t-il à notre mort?
Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa Toute-Puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus. (Catéchisme de l’Eglise, n°997)
La mort est une séparation de l’âme et du corps. Notre corps commence à se décomposer, mais notre âme s’élève vers Dieu. Cette séparation n’est que provisoire. Notre âme entre certes dans un état intermédiaire3 où elle séparée du corps, mais elle reste en attente d’être réunie au corps. C’est un état incomplet, imparfait4.
Elle restera ainsi jusqu’à la fin du monde, jusqu’au dernier jour, où Jésus reviendra pour ressusciter nos corps5. Ce jour-là nous serons transformés « en un clin d’œil » dit saint Paul et nos corps deviendront impérissables6. Ce que nous serons alors peut être (un peu) perçu dans les récits de la Résurrection de Jésus, où nous voyons que Jésus a bien un corps, mais un corps glorieux, radicalement différent de ce que nous connaissons. Saint Paul dit bien que cette Résurrection est pour nous aussi, puisque le Christ est le « premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis »7. Nous sommes les suivants!
D’ailleurs, dans cet état intermédiaire en attendant le dernier jour, que ferons-nous? L’Eglise croit que les âmes voient déjà Dieu. Mais cela peut d’abord nécessiter un temps de purification, un temps pour que notre amour se perfectionne encore, si cela n’a pas été suffisant sur terre. C’est ce que nous appelons le purgatoire8. Nos prières pour les âmes du purgatoire sont donc importantes!
L’Immaculée Conception#
La Vierge Marie est une créature humaine. Nous reconnaissons qu’elle est la mère de Dieu. Mais elle n’est pas une déesse. Nous n’adorons pas la Vierge Marie: nous voyons en elle un modèle, un guide, une mère aimante que Jésus lui-même nous a donné juste avant de mourir9.
En revanche, il y a quelque chose de spécial chez Marie. Et pour bien comprendre son Assomption, il faut parler de son Immaculée Conception, que nous fêtons le 8 décembre, autre grande fête de Marie.
L’Immaculée Conception, c’est la préservation de tout péché, de toute tâche dans l’âme de la Vierge Marie, par les mérites de Notre-Seigneur, par les mérites de la Rédemption – car elle aussi a été rachetée, non pas qu’elle eût péché, mais les mérites de l’Incarnation et de la Rédemption lui ont été appliqués par avance. Elle a été préservée de tout péché et la voici, toute belle, comme la créature au sortir directement des mains du Créateur, avant le péché originel.10
En vue de la mission que Dieu a prévu pour elle, mission unique en son genre – porter Jésus, mettre Dieu au monde – la Vierge Marie, a été préservée de tout péché. Mais, me direz-vous c’est par la mort de Jésus que nous sommes sauvés du péché? Oui, Marie bénéficie de cela par avance. Elle est la seule créature de Dieu qui n’a pas été salie par le péché. Elle est « immaculée », c’est-à-dire sans tâche, depuis sa conception, parce qu’elle a bénéficié par avance de ce que Jésus a fait pour nous11.
Ce dogme, c’est-à-dire un point de notre foi, fruit d’une longue réflexion de l’Eglise, a été proclamé en 1854. Quatre ans après, Marie est apparue à Lourdes, confirmant elle-même, par la voix de Bernadette, qu’elle est bien l’Immaculée Conception.
L’Assomption#
Si Marie est une personne humaine comme nous, pourquoi aurait-elle échappé à la mort? En fait c’est une question que la théologie n’a pas tout à fait tranchée. Nos frères orthodoxes disent que Marie s’est simplement endormie… c’est la Dormition. Mais saint Jean-Paul II – et d’autres – pense que « pour participer à la résurrection du Christ, Marie devait tout d’abord en partager la mort. »12
Mais là n’est pas la question essentielle, puisque l’Assomption de Marie c’est ce qui passe après. Nous l’avons vu, la mort c’est la séparation de l’âme et du corps. Pour Marie, notre foi est que cela ne s’est pas passé de cette façon. Précisément parce qu’elle a bénéficié d’une grâce spéciale. Le concile Vatican II, fait le lien entre le dogme de l’Immaculée-Conception et celui de l’Assomption:
La Vierge Immaculée, préservée de toute tâche de la faute originelle, au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps et elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l’univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils, Seigneur des seigneurs et vainqueur du péché et de la mort. (Lumen Gentium, n°59)
Pour Marie, il y a donc quelque chose d’unique qui se joue. À la fin de sa vie, nous croyons qu’elle est montée au ciel « corps et âme », il n’y a donc pas, pour elle, de temps intermédiaire où l’âme est séparée du corps. Pour Marie tout s’est passé au moment l’Assomption: elle est allée au ciel « corps et âme ». Pourquoi? Parce que Marie est tellement pleine de Dieu (pleine des grâces reçues de lui) et pleinement mise à l’abri du péché (immaculée depuis sa conception!), que son corps n’a pas été livré à la corruption comme celui des autres êtres humains.
Il semblerait aussi que la relation particulière de Marie à Jésus peut jeter une lumière sur cela. Elle qui a porté Jésus dans son corps, qui a toute sa vie été tellement attachée à Jésus, elle qui lui a été plus proche que nul autre, lorsqu’ils vivaient sur terre… Elle a recueilli le dernier souffle de Jésus sur la croix… Donc elle est logiquement la première à suivre Jésus dans la Résurrection. Mais elle est aussi la première d’une longue cordée, puisque toute l’humanité suis derrière! Et nous avec!
Saint José Maria, en méditant le mystère de l’Assomption, suggère que Jésus ne pouvait pas attendre d’avoir Marie à ses côtés: « Jésus désire avoir sa Mère corps et âme, dans la gloire. — Et la Cour céleste déploie toute sa splendeur pour accueillir Notre-Dame. La très Sainte Trinité reçoit et comble d’honneurs la Fille, la Mère et l’Épouse de Dieu… »13
Et nous pouvons marcher tranquillement vers notre mort, d’abord et par-dessus tout parce que Jésus nous a promis qu’il nous ressusciterait au dernier jour14, mais aussi parce que Marie a déjà parcouru ce chemin et qu’il est toujours rassurant de suivre sa mère. Elle ne manquera pas au rendez-vous, elle sera bien là à l’heure de notre mort, comme nous l’en prions dans le Je vous salue Marie.
Durant ma vie entière vous m’avez tenu par la main, ô ma Mère. Se pourrait-il qu’à cette heure-là, je sente vos doigts se dénouer et votre main lâcher? Certes non! Si votre main souveraine quittait ma main, ce serait certainement pour saisir un pan de votre manteau et m’en couvrir. Mère de mon long cheminement et Mère à mon instant suprême, oui, enveloppez-moi dans la retombée de votre manteau durant ce court moment, après lequel, sûr d’avoir passé la porte je me dégagerai soudain, pour vous faire entendre mon rire, le rire de l’enfant, qui rit, qui rit parce que par les soins de sa Mère, il a tout réussi.15
Temps de prière#
Je vous propose à présent de prier un chapelet, avec une méthode un peu différente: il s’agit d’insérer dans chaque « Je vous salue Marie » une petite phrase rappelant la vie de Jésus. C’est particulièrement utile si vous avez du mal à vous concentrer en priant le chapelet!
→ Cliquez ici pour prier le chapelet
Cette partie s’inspire largement du document Quelques questions actuelles concernant l’eschatologie produit par la CTI (Commission Théologique Internationale) en 1992, que l’on peut consulter sur le site du Vatican. ↩︎
Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°365-366. ↩︎
CTI (1992), Quelques questions actuelles concernant l’eschatologie. ↩︎
CTI (1992), Quelques questions actuelles concernant l’eschatologie. ↩︎
Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1001. ↩︎
Première lettre aux Corinthiens, chapitre 15, verset 52. ↩︎
Première lettre aux Corinthiens, chapitre 15, verset 20. ↩︎
CTI (1992), Quelques questions actuelles concernant l’eschatologie. Cf également Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°1030. ↩︎
Evangile de Jean, chapitre 19, versets 26-27. ↩︎
Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, Heureuse celle qui a cru, Homélie pour l’Immaculée Conception, 8 décembre 1964. ↩︎
Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°490-492. ↩︎
Jean-Paul II, audience générale du 25 juin 1997. Il cite à ce propos saint François de Sales, qui « estime que la mort de Marie a eu lieu à la suite d’un élan d’amour. Il parle d’une mort “dans l’amour, à cause de l’amour, par amour”, parvenant ainsi à affirmer que la Mère de Dieu mourut d’amour pour son fils Jésus » (Traité de l’Amour de Dieu, Lib. 7, c. XIII-XIV). ↩︎
Saint Rosaire, mystères glorieux. ↩︎
Evangile de Jean, chapitre 6, verset 40. ↩︎
Père Jérôme, Invitatoire pour la salutation angélique. ↩︎